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Le monde d’après et le bucolisme de salon

Rédigé le 20/04/2020
MariKa


En ce moment, nombreuses sont les injonctions médiatiques pour « changer le monde », « préparer le monde d'après » (d’ailleurs bien avant que la présidence ait vu de la lumière sur le sujet…).

Est ce qu’on va vraiment changer le monde ? Cette crise nous prouve (si l’on ne l’avait pas déjà compris) qu’il n’a pas besoin de nous le monde pour changer, il change seul.

Pour l’instant, le confinement nous change nous-même et nous invite, pour ceux qui ont la chance de pouvoir s’arrêter un temps et « philosopher », à un moment de vide... Co-vide ? N’est-ce pas le moment de co-créer du vide pour ensuite laisser émerger ???

Ma co-création, c’est celle d’être évidemment à la croisée de deux mondes. Ce dernier mois, j’ai touché des états de grâce et de sécurité intérieure grâce à mon cocon, à la météo clémente et au soleil et au fait, qu'au fond, je sais que « tout est pour le mieux ». Mais j'ai eu aussi des sentiments d’impuissance de détresse et d’agitation à voir mes projets (mariage, formations, entreprenariat, défis sportifs, week-ends entre amis) s'annuler les uns après les autres, et donc la vie que je me suis construite se déliter jours après jour…

Je sais que la voie de la paix et la sécurité intérieure est un chemin et d’un autre côté mon égo exige d’avancer plus vite : le « Je veux tout, tout de suite », habitude assouvie dans notre société consumériste, crie. De ma « brulante impatience » dixit Christiane Singer, je souhaiterai pouvoir retrouver l’amour et la paix touchés du doigt lors de certaines méditations, ou de balades en forêts, ou sur la plage ou encore la joie de l’action et la magie de la contribution goûtées à travers le vrai travail en équipe (et je ne me réfère pas ici à celui des open-spaces mais plutôt aux espaces associatifs ou amicaux) ... Ces moments sont pourtant rares et semblent si éloignés... Me réfugier dans le passé me conduirait dans un état de nostalgie, je regarde donc peu en arrière.

Prévoir le futur tel que les média nous le présentent, avec le florilège des nouvelles plus accablantes les unes que les autres s'avère compliqué. Rien qu'hier au moins cinq nouvelles démontrant que la transition écologique promise n'est pas pour demain : Refinancement des compagnies aériennes en France et Suède (le pays du flygskam) sans contrepartie écologique, BlackRock va conseiller l'UE sur la finance verte (oui, oui BlackRock de Larry Fink et la new date bien du 14 avril, pas du 1er…), le dé-confinement en Chine conduit à une utilisation massive de la voiture individuelle et la remontée des émissions (logique biensur, retour à la normal supplément peur…), l'industrie des énergies renouvelables en perte de vitesse face à la baisses des cours des fossiles, l'installation de la 5G en catimini, et encore j'en passe sur le recul sur volet social et nos libertés individuelles et le sujet des données personnelles... Bref, La bonne nouvelle, c'est qu'il faudrait se réjouir de tenter d'imposer à une grosse multinationale de respecter le droit français... Re-Bref, je suis fatiguée de ces nouvelles et ces pertes d'opportunité de réellement changer les choses...

Pourquoi me suis-je plongée dans ces nouvelles incontrôlables ? Pour quoi faire ? Savoir ?

Finalement, le chemin de l’éveil, de la transition écologique et sociale n’est pas aussi évident que dans les moocs, conférences et « parcours de formation ou d’éveil des consciences » dont le net regorge en ce moment...

Non pas que je n’en avais pas conscience, mon parcours professionnel et académique me l’ayant maintes fois démontré, mais j’ai été rattrapée par les limites du bucolisme écologique de salon vécu aujourd’hui par de nombreux confinés en mal de mouvement et verdure (et je m’inclus largement dans cette catégorie) s’étant accrochés à la nature comme nouvelle valeur refuge.

Tout cela me met dans un état de colère et de solastalgie à éviter et pourtant une partie de moi a envie de dénoncer, de lutter tandis que l'autre est déjà fatiguée de cette lutte...

Et d’ailleurs, cette lutte, devra-t-elle se faire ?

Si oui quelle forme prendra-t-elle ? S'agira-t-il vraiment d'une lutte ? Tout comme s’agit-il d’une guerre contre ce virus ? Ou juste œuvrer "là où chacun a « à faire » ? (Arrrhhhggg…toujours et encore le mot faire, il n’est pas près de nous lâcher, celui-là…). Pourquoi s’accrocher à des choses que nul ne peut contrôler ?

Lâcher prise ? C’est notre chemin et notre vision des choses qui nous le dira, cela peut sembler bête à dire, nul ne peut pas fuir le futur et l’imprévisible (à part peut-être Marty Mac Fly ? ;-)). Je sais déjà comme l'humain est capable du pire comme du meilleur. Alors, le chemin d’accepter de vivre au jour le jour sans trop se préoccuper de ce qu’il pourrait se passer est le bon… et pourtant cela m'est insupportable. Mon corps réclame l'action, quand ma raison et mon être savent que ce n'est pas le moment... Passer d’un état où le corps se sent KO à une envie de danser, se dépenser… Passer de l’observation des oiseaux et bourgeons par la fenêtre et d’un état semi-méditatif à une envie de mettre la musique à fond et de ranger l’appartement de fond en comble - occasion si particulière voire même privilégiée de se défouler maintenant que l'on ne peut aller courir qu’aux heures autorisées...

Alors, quand on passe par ces états-là, penser le monde d’après ?

Compliqué d’avancer, de répondre à la question du changement, d’imaginer un futur collectif plus ceci ou plus cela… Après tout, par essence, tout est évolution et adaptation… Pour l’instant, nous sommes dans l'ouragan de la vie. Les malades et soignants luttent comme d'autres populations ont toujours lutté dans les pays en conflit. La réponse au changement n’est peut-être pas pour maintenant… alors oui il y a une trajectoire à prendre et à lancer, mais pour certains il faut encore laisser infuser… laisser descendre… intégrer pour vraiment incarner le changement, même si il y a urgence… « Ce n’est pas en tirant sur la plante qu’elle va pousser plus vite » m’a dit Vincent Houba en stage de Communication Non Violente... Me concernant l’envie et le besoin de prendre ce temps pour moi, contribuer à ma manière en diffusant dès que possible du bon est là. Contribuer à faire évoluer le monde vers le « bon », ce futur souhaitable qu’on se sera construit et forgé individuellement et collectivement lors de cette crise : OUI !!! Alors en attendant, prenons-soin de nous et prenez-bien soin de vous !

Source : voir le témoignage sur  bluenove


Projet « Nos Nouvelles Vies » pour faire émerger le monde de demain à partir de témoignages de citoyens sur leur vie quotidienne pendant le confinement.

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Crédit photo : Jen Theodore on Unsplash